dimanche 9 juillet 2017

La canicule vue par Godefroy en 1895

     Un dessin de Godefroy me fournit l'occasion de reprendre ce blog, délaissé au profit de celui que je consacre à Jean Routier (http://de-imaginibus.blogspot.fr/).

     Godefroy, pseudonyme de Auguste Viollier (1854-1908), peintre, dessinateur, caricaturiste, est curieusement assez peu connu. Depuis quelques mois, j'ai rassemblé quelques-unes de ses productions - souvent des histoires sans paroles - et élaboré un début de catalogue, en dépouillant la presse de la fin du XIXe et du début du  XXe siècle. Voici un premier dessin, d'actualité !




Le Rire, 12 octobre 1895
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     L'été 1895 connut un long épisode caniculaire - entre le 1er et le 30 septembre - bien documenté sur Internet, notamment par des sites de météorologie. Mois chaud (17 jours supérieurs à 30° à Châteauroux ; pic de 36°2 à Paris) et sec (aucune précipitation à Paris entre le 14 aout et le 1er octobre). Un écho dans Le Figaro du mardi 10 septembre 1895 s'intitule : "Quelle chaleur !".



Le Figaro, 10 septembre 1895
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


lundi 3 février 2014

Hommage à "La Folle Journée de Nantes" : un concert de musique américaine en Mayenne en 1919.

     La Folle Journée de Nantes a irrigué les cinq départements de la Région des Pays de la Loire, tout au long du bassin versant de la Loire, de l'estuaire jusqu'au Loir [1].

     Cette manifestation est l'occasion de rappeler des contacts plus anciens des ligériens avec la musique américaine, à l'issue de la guerre 1914-1918. En fait foi une carte postale représentant un concert donné au cours de l'été 1919 par une fanfare de militaires noirs américains, sur une place de la commune de Grez-en Bouère (Mayenne), à mi-chemin entre Château-Gontier et Sablé-sur-Sarthe. La photo a été prise par M. Gauthier, pharmacien. Malheureusement, la légende imprimée ("Un jour de foire") a été inversée avec celle d'une autre carte postale contemporaine ("Musique noire américaine") .

Grez-en-Bouère (Mayenne). Musique noire américaine. Carte postale - coll. de l'auteur.


   











     La présence d'un camp de soldats américains, semble-t-il dans un champ de la route de Ruillé [2] mérite d'être documentée plus précisément. Je n'ai pas encore recherché les ouvrages ou les articles qui pourraient en faire mention. Toutefois, l'identification en cours d'un lot de négatifs de cette époque vient tout récemment de m'apporter une confirmation. C'est vraisemblablement la même fanfare, mais peut-être un autre jour, qui, en plein milieu du carrefour central de Grez, enchante son public. 


Grez-en-Bouère (Mayenne) : Concert par une fanfare américaine. 
Négatif non daté et non signé - coll. de l'auteur.

     Ce concert - parmi tant d'autres donnés dans tout le pays [3] - a bien dû donner lieu à d'autres clichés, peut-être de meilleure qualité. Il serait intéressant de les rassembler et d'identifier précisément cette fanfare, voire les œuvres interprétées il y a 95 ans ...

Notes 

[1] http://www.follejournee.fr/sites/default/files/presse/dossier_de_presse_fj_2014-1.pdf
[2] BRUNEAU (Denis).- Au fil de la Taude. Chroniques d'Autrefois et de Naguère. Angers, 1992, volume ronéoté, 248 p. (p. 233).
[3]  http://www.plaisirsdujazz.fr/chapitre-deux-sommaire/des-flons-flons-africains-americains-1917-1919/
Ce billet relate notamment le parcours du 369th Infantry, connu sous le nom des "Hellfighters de James Reese Europe" dont une tournée de six semaines dans 25 villes, entre février et mars 1918, a fait étape à Angers.



samedi 11 mai 2013

Lucien Laforge (1) et le Premier mai 1920


La consultation de la presse des quarante premières années du XXe siècle dans Gallica, outre qu'elle procure  beaucoup de plaisir, réserve d'agréables découvertes au chercheur d'images. C'est en suivant la piste des productions de Lucien Laforge que je me suis attelé au dépouillement de l'année 1920 de  L'Humanité, journal socialiste. Son numéro daté du 30 avril 1920, appelait à un "Premier mai de combat" dans un climat social de grèves. En première page, sous le gros titre, un dessin de Lucien Laforge, avec son style dépouillé à l'extrême, met en scène l'affairement du capital - qui ne chôme pas le 1er mai - face à la quiétude des travailleurs. Qui est véritablement à la fête ? En même temps, Capital, au centre de l'arène, entouré de costauds solidaires, apparait bien petit et isolé, et donc vulnérable.

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Humanité 1920-04-30
 Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France






L'Humanité, fondée en 1904 par Jean Jaurès, porte la mention de Journal Socialiste et devient l'organe officiel de la S.F.I.O. en 1911. A l'issue du Congrès de Tours (25-30 décembre 1920) et de l'éclatement du parti socialiste, le courant majoritaire qui s'était prononcé pour l'adhésion à la IIIe Internationale et s'était constitué en S.F.I.C. (Section française de l'Internationale communiste) conserva l'Humanité. Le directeur de publication en était, depuis octobre 1918, Marcel Cachin, membre du courant bolchevique. Le sous-titre ne fut modifié (Journal communiste) qu'à partir du numéro du 8 avril 1921, jour de lancement de l'Internationale, autre journal communiste, mais du soir. Les socialistes s'exprimèrent alors dans le Populaire. L’Humanité publie des dessins à partir de 1907 selon Dico Solo (1) qui cite Georges d'Ostoya, Henri-Paul Gassier, Jules Grandjouan, Lucien Laforge, Maurice Moriss, Francisque Poulbot, Alexandre Steinlen... La publicité pour l’Internationale - par exemple dans l'édition du 7 avril  - annonçait la participation prévue de dessinateurs (Gassier, Laforge, Depaquit, Dukercy, Bour). Je n'ai pu vérifier si cette annonce a été suivie d'effets. Enfin, selon ses propres chiffres, le tirage de l'Humanité était en mars 1920 de 280 000 ex. L'Humanité sort alors d'une période difficile où "en choisissant le camp des patriotes favorables à la guerre, [le journal a accepté] de renier ses valeurs antimilitaristes." (3) La paix revenue, le répertoire iconographique évolue.

Lucien Laforge (10 juillet 1889-21 janvier 1952) est alors âgé de 31 ans. On le décrit comme "peintre sans succès", illustrateur original et novateur d'ouvrages entre 1912 et 1924, obligé de faire du dessin de presse alimentaire. Il privilégie les journaux de gauche, voire de tendance anarchiste où pouvait s'exprimer son pacifisme viscéral. Alors que ses premiers dessins datent de 1910, Laforge ne travaille pour l'Humanité qu'à partir de 1919, sans doute à partir du moment où s’amorce le retour d'une ligne pacifiste.
 On trouvera des éléments biographiques dans les articles bien documentés et excellemment illustrés du blog Ma galerie à Paris (2). Ce dessinateur que j'ai découvert tardivement me fournira matière à bien d'autres billets.

 On peut s'interroger sur les raisons du choix d'un dessin de Laforge pour cette veille de 1er  mai alors que le journal faisait généralement appel à de grandes fresques, à la fois réalistes et lyriques,  en pleine page, convenant mieux aux appels enflammés, par exemple celles d' Alexandre Steinlen (en 1909, 1919, 1921, 1924), de Francisque Poulbot (1913, 1922), de Jules Grandjouan (1923, 1926).


Humanité 1919-04-30
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Humanité 1921-04-30
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



Ici, le dessin n’accompagne pas les mots d'ordre. "Nous allons assister en 1920 à la plus puissante mobilisation du travail que l'humanité ait jamais vue." écrit Marcel Cachin qui poursuit : "Chez nous, la bourgeoisie, complètement affolée, sème partout l'alarme." (4). Les revendications concernent les nationalisations, notamment celles des transports par voie ferrée. Mais la C.G.T., en apportant un soutien sans faille à l'action des cheminots, appelle à la discipline et à la solidarité du mouvement, comme, un an plus tôt, en 1919, elle avait appelé au calme et à la dignité "que confère la puissance et pour bien montrer ce que peut la force ouvrière quand elle est disciplinée." (5) Car il s'agit de s'opposer au "débordement des appétits impérialistes qui menacent à nouveau la sécurité du monde."(6)
Finalement, c'est peut-être là qu'il faut chercher la signification du dessin de Laforge : l'illustration d'une force disciplinée.

Concluons sur Laforge "somptueux, magnifique et libre" en reprenant cette appréciation de André Warnod (1885-1960), dessinateur et critique d'art [du Figaro de 1933 à 1960]  : " Laforge réhabilite (...) la satire politique et lui donne une qualité d'art dont les polémistes semblent d’ordinaire se soucier très peu." (7)


(1) - SOLO (François), SAINT-MARTIN (Catherine).- Dico Solo. Plus de 5000 dessinateurs de presse & 600 supports en France de Daumier à l'an 2000. Vichy : Aedis, 2004, 911- XI p. [p. 417].
(2) - http://magalerieaparis.wordpress.com/category/lucien-laforge/
(3) - CHRISTOPHE (Anne).- La guerre après la guerre vue par les dessinateurs de l'Humanité et du Journal. Communication au colloque  "L'histoire et la presse", organisé par le Centre Alberto Benveniste (EPHE, section des sciences religieuses) et tenu le 29 mai 2006 à l'Institut Bossuet (Paris). Texte en ligne sur  http://www.caricaturesetcaricature.com/article-11180470.html
(4) - L'Humanité, 30 avril 1920.
(5) - L'Humanité, 30 avril - 1 mai 1919, p. 2 : citation d'un manifeste de la commission administrative de la C.G.T. par Marcel Laurent, secrétaire général adjoinr de la C.G.T. "Le caractère de ce 1er mai". Il poursuit : "Est-il besoin de démontrer le caractère lamentable et si peu efficace des désordres de la rue ? " 
(6) - L'Humanité, 30 avril - 1 mai 1919, p. 2 : adresse de la commission administrative permanente de la S.F.I.O. aux Travailleurs de France.
(7) - WARNOD (André).- Quelques humoristes. Art et Décoration, août 1920, p. 56-64 [p. 62].











vendredi 3 mai 2013



Pourquoi imagier au lieu d'illustrateur ?

 Outre la correspondance entre les mots et l'euphonie, le terme d'imagier a ma préférence car il couvre un domaine plus large - et plus autonome - que celui  d'illustrateur. Ouvrons le dictionnaire, par exemple le Trésor de la Langue Française informatisé
(http://atilf.atilf.fr/tlf.htm) qui donne deux sens à ce substantif masculin :  un peintre ou un sculpteur du Moyen Age (qui s'orthographiait Ymagier au XIIIe siècle) ; un fabricant ou vendeur d'images (et de citer en exemple imagier d’Épinal). Définition satisfaisante qui ne sépare pas la production de la diffusion. Cela me va bien puisque mon intérêt s'étend aussi à l'éditeur et à ses collections.

On notera qu'un troisième sens ressort de l'interrogation des moteurs de recherche qui n'apparait pas encore dans les dictionnaires et que je ne retiens pas ici : "Un imagier est un regroupement de photographies ou dessins présentant des objets, animaux, personnages isolés ainsi que le mot qui les caractérise. Il est généralement destiné aux enfants car il leur permet de prendre conscience du monde qui les entoure." (Wikipédia). On passe ainsi du producteur au produit, du fabricant au fabriqué. Il serait plus exact de dénommer ces ouvrages "imageries" ( Ensemble d'images appartenant au même style, au même genre).

 Rufillus, copiste et enlumineur, se représente au travail
(son nom est inscrit au-dessus de l'initiale historiée D)
Saint Ambroise, Hexaméron
Weissenau (Souabe), 4e quart du xiie siècle
Amiens, Bibl. mun., ms. Lescalopier 30, f. 29v

cliché IRHT


Première image, celle de Rufilus , copiste et enlumineur, qui se représente au travail sur un manuscrit du quatrième quart du XIIe s. que j'emprunte, avec sa légende, au très riche site du ministère de la culture, véritable mine d'images ( http://www.enluminures.culture.fr/documentation/enlumine/fr/manuscrit-p/manuscrit.htm). On peut aussi visiter http://www.manuscritsenlumines.fr/ qui donne accès à deux autres bases nationales d'enluminures.