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mercredi 25 décembre 2019

Noël 1917 vu par Gus Bofa


     Dans son numéro de Noël 1917, la revue L'Automobile aux Armées publie une nativité de Gus Bofa (1883-1968). Cet illustrateur, éprouvé par la guerre (gravement blessé à la hanche en décembre 1914, ce qui le rendit invalide), laisse percer son ironie désabusée, dans cette adoration des Poilus, rarement reproduite [1].

 L'Automobile aux armées , décembre 1917
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Note
[1] - Sur la vie et l’œuvre de Gus Bofa, on consultera le très bel ouvrage, très abondamment illustré, que lui consacre Emmanuel Pollaud-Dulian :  Gus Bofa l'enchanteur désenchanté, Paris, Cornélius, 2013, 550 pages.

samedi 30 novembre 2019

Toussaint de guerre, Toussaint de paix (1918-1919)

   
     En temps de guerre, le thème de la Toussaint et de la fête des morts du lendemain 2 novembre prend une coloration particulière. Les dessinateurs de presse évoquent naturellement les morts au front, le plus souvent par l'intermédiaire des veuves et des orphelins. A l'exception d'un dessin de 1916, cette petite sélection, issue de différents supports, concerne les années 1918 et 1919. Sur neuf dessinateurs dont les dates sont connues, sept sont nés entre 1882 et 1892, c'est-à-dire qu'ils étaient âgés de 22 à 32 ans au moment de la déclaration de guerre. Ils appartiennent à cette génération qui a reçu une formation artistique de type Beaux-Arts et qui se destinait à la peinture.

      Le premier, daté de 1916, est un des rares à caractère pacifiste. Lucien Laforge, pacifiste convaincu, a produit au moins deux autres images de la même veine mais qui connurent le même sort d'avoir leur légende censurée :
- L'une, dans Le Bonnet Rouge du 1er novembre 1916 montrait trois veuves et un enfant dans un cimetière. La Légende "Comme le cimetière s'est agrandi" fut supprimée à la demande de la censure [1].
- Une  autre intitulée "Quatrième Toussaint", dans le journal Le Bloc du 4 novembre 1917 montait aussi une femme en noir, vue de dos, tenant un enfant par la main dans un cimetière ; l'enfant montrant le lointain lui pose sans doute une question qui était énoncée dans la légende censurée. Au demeurant, y avait-il besoin de légende ? [2]

     Tous les autres datent soit de la fin de la guerre, lorsque la victoire est assurée, soit de la première Toussaint de paix.  Le premier anniversaire de l'Armistice est très mal représenté en raison d'une grève des imprimeries qui a affecté la presse du 11 novembre au 2 décembre 1919 [3].

      Comment célébrer cette "victoire endeuillée" ? Les journaux à gros tirage comme Le Petit Parisien ou Le Petit Journal, en position centriste, misent sur le patriotisme et l'hommage aux morts, reflétant ainsi un sentiment largement partagé. D'autres mettent en avant les veuves et font porter leurs interrogations sur ce massacre par des enfants avec leurs questions naïves. Le dessin d'Abel Faivre, dans L’Écho de Paris du 2 novembre 1918 souligne le prix humain de la Victoire. 
Le Populaire, journal du Parti Socialiste, exprime une position pacifiste avec un dessin de Jean Clare, dessinateur peu connu : il met sur le même plan la mère allemande et la mère française et désigne l'ennemi : le capitalisme.

Pendant la guerre

1- Lucien Laforge (1889-1952)

 

 Les Hommes du jour , 11 novembre 1916
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 2- Paul Colin (1892-1955)

 
La Grimace , 1 au 11 novembre 1918
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

 3- Abel Faivre (1867-1945)

 

L’Écho de Paris, 2  novembre 1918
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

  

4- Georges Barbier  (1882-1932) 

 

Georges Barbier - La Baïonnette , 31 octobre 1918
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


 

L'Armistice

5- Georges de Champs (1888-1970) 

 

 L'Oeuvre , 12 novembre 1918
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


L'Après guerre

6- Charles Jodelet (1883-1973)


 Le Petit Journal , 2 novembre 1919
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


7- Eugène Damblans (1865-1945)


 Le Petit Journal - Supplément illustré , 2 novembre 1919
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

8-Jacques Ochs (1883-1971)


 Le Petit Parisien , 2 novembre 1919
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

9- Guy Dollian (1887-1964)

 
 L'Intransigeant , 2 novembre 1919
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

10- Jean Clare (?-activité repérée entre 1913 et 1932)

 

 Le Populaire , 3 novembre 1919
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

  Notes 

[1] Centre national de documentation pédagogique. La presse pendant la guerre de 1914 1918. [En ligne]. 

 http://www.cndp.fr/crdp-reims/fileadmin/Images/cddp10/Jocelyne/La_Presse_pendant_la_guerre_de_1914_1918.pdf 

Extrait du pdf mentionné ci-dessus.
 [2] Elle est publiée avec un commentaire de Laurent Bihls sur le site du Centenaire :
 https://www.centenaire.org/fr/tresors-darchives/fonds-prives/archives/la-presse-satirique-en-guerre-les-principaux-titres. 
Voir également l'article de Michel Dixmier,  "Lucien Laforge, un artiste révolté contre la guerre" dans : Guillaume Doizy, Pascal Dupuy (Éd.). La Grande Guerre des dessinateurs de presse. Postures, itinéraires et engagements de caricaturistes en 1914-1918. Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2016, 215 p. [p. 159-192].

 [3] Grève des ouvriers rotativistes et linotypistes qui réclamaient une indemnité de vie chère. Pendant cette période, une cinquantaine de journaux ont publié en commun un journal "La Presse de Paris", dont la collection complète est difficile à consulter (certains exemplaires sont en ligne à la place des éditions de chaque journal ; je n'ai trouvé que quelques ex. avec Le Journal des Débats, L’Écho de Paris) Un numéro de La Presse de Paris du 13 novembre (accessible avec Le Journal des Débats) comporte une opinion du Directeur de L'Intransigeant : "la grève subite des imprimeurs a empêché, hier, les journaux de commémorer l'Armistice comme il eût fallu". Dix journaux de gauche (dont L'Oeuvre, Le Populaire, L'Humanité) publièrent '"La Feuille commune" avec l'autorisation du comité des grève: la collection complète est accessible avec L'Oeuvre.
 

mardi 1 mai 2018

Entre églantine et muguet : le 1er mai à travers quelques dessins de presse entre 1915 et 1918.

      Ces quelques dessins, en célébrant quelques dessinateurs de presse, viennent rappeler que l'églantine rouge - celle des travailleurs - n'a été supplantée qu'au cours du siècle dernier par le muguet blanc, fleur de la vierge et des amoureux.

par Albert Guillaume (1873-1942) 


Le Journal, 1er mai 1915
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



L'explication est fournie par la presse :

Le Gaulois littéraire et politique, 21 avrili 1915
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France




 

 Par Francisque Poulbot (1879-1946)

 

Le Journal, 1er mai 1916
 Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

 Par Nob, pseudonyme de Marcel-Albert Noblot (1880-1935)

 

Le Rire, 6 mai 1916
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



Le Rire, 4 mai 1918
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


lundi 3 février 2014

Hommage à "La Folle Journée de Nantes" : un concert de musique américaine en Mayenne en 1919.

     La Folle Journée de Nantes a irrigué les cinq départements de la Région des Pays de la Loire, tout au long du bassin versant de la Loire, de l'estuaire jusqu'au Loir [1].

     Cette manifestation est l'occasion de rappeler des contacts plus anciens des ligériens avec la musique américaine, à l'issue de la guerre 1914-1918. En fait foi une carte postale représentant un concert donné au cours de l'été 1919 par une fanfare de militaires noirs américains, sur une place de la commune de Grez-en Bouère (Mayenne), à mi-chemin entre Château-Gontier et Sablé-sur-Sarthe. La photo a été prise par M. Gauthier, pharmacien. Malheureusement, la légende imprimée ("Un jour de foire") a été inversée avec celle d'une autre carte postale contemporaine ("Musique noire américaine") .

Grez-en-Bouère (Mayenne). Musique noire américaine. Carte postale - coll. de l'auteur.


   











     La présence d'un camp de soldats américains, semble-t-il dans un champ de la route de Ruillé [2] mérite d'être documentée plus précisément. Je n'ai pas encore recherché les ouvrages ou les articles qui pourraient en faire mention. Toutefois, l'identification en cours d'un lot de négatifs de cette époque vient tout récemment de m'apporter une confirmation. C'est vraisemblablement la même fanfare, mais peut-être un autre jour, qui, en plein milieu du carrefour central de Grez, enchante son public. 


Grez-en-Bouère (Mayenne) : Concert par une fanfare américaine. 
Négatif non daté et non signé - coll. de l'auteur.

     Ce concert - parmi tant d'autres donnés dans tout le pays [3] - a bien dû donner lieu à d'autres clichés, peut-être de meilleure qualité. Il serait intéressant de les rassembler et d'identifier précisément cette fanfare, voire les œuvres interprétées il y a 95 ans ...

Notes 

[1] http://www.follejournee.fr/sites/default/files/presse/dossier_de_presse_fj_2014-1.pdf
[2] BRUNEAU (Denis).- Au fil de la Taude. Chroniques d'Autrefois et de Naguère. Angers, 1992, volume ronéoté, 248 p. (p. 233).
[3]  http://www.plaisirsdujazz.fr/chapitre-deux-sommaire/des-flons-flons-africains-americains-1917-1919/
Ce billet relate notamment le parcours du 369th Infantry, connu sous le nom des "Hellfighters de James Reese Europe" dont une tournée de six semaines dans 25 villes, entre février et mars 1918, a fait étape à Angers.